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23/05/2012




©
Par propriété exclusive de l'auteur,
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Conformément aux articles L.111-1 et L.123-1 du code de la propriété intellectuelle.
Merci donc de respecter le droit d'auteur.



25/03/2009






Les pires tourments sont intérieurs
et la véritable histoire de notre vie se déroule dans le secret
des âmes et des coeurs.
Là s'écrivent les pages du roman que nul lecteur jamais ne lira ...

Georges Dor





Et jamais le tourment ne trouvera un ciel
Et jamais le désir ne trouvera une terre
C'est pourquoi la poésie existe ...

Gunnar Björling







La conception du paradis est au fond plus infernale que celle de l'enfer.
L'hypothèse d'une félicité parfaite est plus désespérante
que celle d'un tourment sans relâche,
puisque nous sommes destinés à n'y jamais atteindre.

Gustave Flaubert




Tags : ★.Citations.★

Se taire c'est laisser faire. Ne pas agir c'est en être complice. 15/11/2017

Tags : BalanceTonPorc

THE TRUE STORY OF HELENE CARTER‏ 18/04/2014





I

Journal du docteur Hopkins (1/2)



La dernière heure de ce jeudi commence à s'éteindre. Nous sommes le 02 novembre 1882 et le doute prend de l'ampleur dans mon esprit depuis quelques jours, à tel point que je devine déjà l'insomnie dont je vais être victime cette nuit.
Tout a débuté mardi, très exactement. Je me souviens de ce moment jusque dans les détails les plus infimes. Une pluie diluvienne se déversait sur Londres. Je regardais pensivement au travers d'une des fenêtres donnant sur l'entrée principale de l'institution.
Sous ce déluge, la rue paraissait encore plus sale et miséreuse que d'habitude, et je ne parle pas de cette odeur poisseuse où tous les matins nous croisons les cadavres des pauvres gens morts assassinés ou même de faim durant la nuit.
C'est à ce moment précis qu'Helene Carter est entrée, accompagnée de son jeune garçon. Elle semblait hystérique. Ce pauvre enfant affirmait qu'elle délirait, proférait des choses incohérentes (ce qui hélas était le cas, elle hurlait qu'elle n'avait jamais vu cet enfant, qu'il l'emmenait ici de force), qu'elle ne se rendait même plus compte d'où elle se trouvait et qu'elle devenait de plus en plus agitée.
Lorsque je lui ai demandé où était son père, il m'a répondu sans flancher qu'il n'en avait pas, et que lui-même travaille toute la journée (des enfants d'à peine dix ans étant obligés de travailler au lieu de s'instruire, quelle belle époque vivons-nous...). « Seule toute la journée, ma maman fera une bêtise, j'en suis sûr ! Je ne peux plus la laisser comme ça... »
Cette phrase m'a déchiré le c½ur. Nous avons pris son nom et avons placé cette nouvelle patiente. Helene Carter est une brune plutôt séduisante. Un physique de danseuse, ou bien de comédienne spécialisée dans les tragédies. Elle aurait fait une Ophélie ou une Cassandre remarquable.
Depuis son internement, malgré tous les recours que nous employons pour la détendre et lui montrer que nous sommes là pour la soigner, que nous sommes là pour l'aider, elle ne change toujours pas de discours : elle nie le fait qu'elle ait un enfant, ajoute même qu'elle n'est jamais tombée enceinte et qu'Helene Carter n'est pas son nom...
Je commence à la croire.
Oui, une intuition ne cesse de m'ordonner de la croire, mais pas mes collègues. Certains d'entre-eux, qui ont plus d'expérience que moi dans cette ville damnée, des cas comme celui-ci il en arrive plusieurs tous les ans. Même avec autant de conviction. « Un traitement de choc, voilà la seule solution », m'a dit mon collègue le plus ancien et donc le plus estimé de l'établissement, le docteur Shelley.
Un traitement comme celui-ci me semble prématuré et ne peut être envisageable qu'en dernier recours. Si cette patiente n'est pas aussi atteinte mentalement qu'elle le laisse paraître, cela pourrait la plonger dans une apathie irréversible.
Plus le temps passe et plus je me pose des questions. Il règne un mystère autour de cette femme que je ne m'explique pas encore, et il va me falloir ruser pour qu'elle accepte de se confier. Et il va me falloir ruser encore plus pour faire mes propres recherches, car avec un physique pareil, je me rends compte qu'il est impossible qu'elle soit un jour tombée enceinte...






II

Dans la tête d'Helene Carter



Les couleurs chaudes ont brusquement pâlies. Les rayonnements du soleil se sont transformés en lames de couteaux.
Qui suis-je réellement ? Pourquoi tout se mélange dans ma tête ? Que m'est-il donc arrivé ? Tant de questions qui restent sans réponse... Cette douleur horrible, je ne la supporte plus. JE VOUDRAIS SORTIR DE CET ENFER !
Je marchais sur mon nuage lorsque je suis tombée jusqu'au plus profond des ténèbres.
Je profitais d'un des derniers beaux jours que nous offrait cette année pour me promener dans quelques quartiers de Londres, la tête dans mes pensées dans ce climat assez doux lorsqu'un petit garçon, venu de nulle part, m'a pris la main. C'est là que j'ai sombré dans l'horreur.
Je n'oublierai jamais son regard. Je sus à cet instant précis qu'il était le Mal incarné. Au moment où je voulais la lâcher et lui demander ce qu'il voulait, j'ai eu l'impression de manquer d'air. Tout s'est embrouillé dans ma tête, seul son sourire sadique et son regard maléfique sont restés gravés dans ma mémoire.
Tout est confus, des scènes macabres torturent mon esprit. Ce ne sont que des passages éclairs, mais je ressens de la douleur, je m'entends hurler, puis c'est le trou noir, le vide complet. Tout est sombre, sinistre, il n'y a que cette lueur rouge que je fixe, mais je n'arrive jamais à l'atteindre. Elle semble si lointaine, elle m'angoisse, elle m'oppresse. Plus j'avance, et plus elle s'éloigne. J'ai le sentiment que je devrais faire demi tour, mais je n'y arrive pas, quelque chose me pousse, je ne sais quoi, je ne sais qui, et je continue d'avancer. Je suis effrayée, mais il me faut affronter mes peurs, c'est peut-être ma porte de sortie.
Une odeur que je ne connais pas s'accroche à mes narines, très différente de cette odeur nauséabonde que je respire d'ordinaire. Elle n'est pas désagréable, mais ne me rassure guère. J'ouvre les yeux, et je ne reconnais plus personne. Mais qui sont tous ces gens ? Pourquoi suis-je là ? Que me veulent-ils ?! Je ne comprends pas leurs questions. Ce cauchemar ne finira donc jamais ?!
Ici on me dit Helene Carter. Je n'ai jamais entendu ce nom de ma vie. On me dit mère d'un enfant. Hors, je ne suis jamais tombée enceinte. Mais ils ne me croient pas. Ils continuent à ne pas m'écouter, disant que je suis folle et que je me suis réfugiée dans tout un univers imaginaire. Ils ont parlé de traitement de choc pour m'y faire sortir. MAIS JE SUIS DANS VOTRE MONDE !
Ma tête me brûle, je n'arrive toujours pas à me souvenir, mais je suis certaine de ne pas être cette Helene Carter.
Je sais que je ne suis pas la folle qu'ils peuvent croire. Je sais qu'un jour je me réveillerai de cet affreux cauchemar. Je sais qu'un jour la lumière sera faite sur ce malentendu et qu'enfin on se rendra compte de cette erreur. Je sais qu'un jour je sortirai d'ici.
Un jour... Je n'ai plus qu'à me tenir calmement, prouver que je ne suis pas une malade mentale, comme ils le prétendent. Être droite, digne. Un jour.
Un jour...






III

Journal du docteur Hopkins (2/2)



Mardi 07 novembre 1882. J'ai beau me démener depuis bientôt deux semaines pour prouver qu'elle dit vrai, essayer de retarder l'échéance car mes confrères continuent de penser que seule la chirurgie viendra à bout de sa folie, je ne pourrais la protéger indéfiniment et de plus je tombe toujours devant un mur que l'on ne peut franchir. Puis surtout : je suis vraiment le seul à la croire.
Après maintes recherches rapides (car nous sommes de plus en plus débordés) au beau milieu de cette ville poissarde, j'appris à mon grand désarroi que le nom de Carter était effectivement un faux, mais il m'est impossible de le prouver véritablement, ainsi que les dires de cette pauvre femme.
Le temps presse et je n'ai aucun élément pour les convaincre qu'elle n'est pas folle...
Ses hurlements nocturnes sont effrayants. Après chacune de ses crises d'hystérie, elle tombe dans une léthargie complète dont rien ne parvient à la sortir. Ou alors le fait-elle exprès, comme pour attendre que son enfer cesse. Les yeux grands ouverts, vides de toute expression, il lui arrive de parler, mais ses propos sont toujours aussi incohérents.
Chaque matin, elle redevient cette fragile femme égarée dont je ne parviens pas à percer le secret, et elle ne semble garder aucun souvenir des cauchemars qui hantent ses nuits. Je profite de ces moments de quiétude pour la questionner, mais dès que je suis tout proche d'obtenir quelques confidences assez lucides, elle se recroqueville aussitôt avec une telle panique dans le regard qu'il est évident que son subconscient lui interdit de revivre un événement qui ne peut être qu'horrible.
Il m'arrive de douter, de me dire que son apparente fragilité m'induit en erreur, qu'elle est vraiment malade. Pourtant, une telle panique ne peut être feinte. Il faudrait peu de chose pour la sortir de cette torpeur, mais je n'ai aucun indice qui peut m'y aider. Si seulement son fils avait le temps de lui rendre visite, je pourrai ainsi lui extirper quelques renseignements. Mais bizarrement, il a disparu, ce qui me conforte d'ailleurs à la croire quand elle prétend ne pas avoir d'enfant, car comment un fils, qui semblait autant s'inquiéter de son bien être, pourrait abandonner sa mère et ne plus prendre de ses nouvelles ?
En y repensant, c'est vrai qu'il ne semblait pas très sincère, l'agitation d'Helene avait retenu toute mon attention et j'aurais dû questionner davantage cet enfant. Peut-il être responsable de son état ? J'ai beau me remémorer sans cesse le jour de son arrivée, rien ne m'indique qu'il peut l'être. Il est si jeune, et pourtant, je commence à penser que quelque chose d'essentiel m'échappe.
« Le traitement de choc » que me conseille fortement Shelley est pour la semaine prochaine. La pauvre enfant ne tiendra jamais le coup. Si elle survit, tant bien mentalement que physiquement, ce serait un miracle.
La nuit dernière, le sommeil d'Helene a été moins agité que d'ordinaire. À son réveil elle semblait plus détendue, j'ai donc profité de ce rare moment d'apaisement pour la mettre en confiance. Elle reste toujours aussi confuse dans ses propos et très vite elle panique. Ses angoisses prennent le dessus et la font retomber dans un silence pesant qui alourdit l'atmosphère. Le temps presse, mais il est inutile d'insister davantage, une fois de plus je vais devoir me contenter de ses quelques mots que je note soigneusement sans parvenir à en comprendre le sens : « Il nous aura tous un jour. »
« Il nous aura tous un jour »... Mais oui ! J'aurais dû m'en douter. Quelqu'un devait lui en vouloir. Un esprit sadique, j'ignore bien qui peut être assez démoniaque pour commettre un tel acte, a dû soit préparer son coup à l'avance après être sûr d'avoir effacé toutes traces de la vie de cette madame Carter (autant la nommer ainsi, il vaut mieux posséder une fausse identité que pas d'identité du tout), soit faire ça directement, à l'instinct, car si elle est véritablement aussi pauvre qu'elle en a l'air, il n'y a aucune trace d'elle dans un quelconque registre, même pour sa naissance.
Sauf que ne n'ai vraiment pas le temps ni les moyens pour la sauver de ce qui l'attend...
Mais il y a une chose dont je suis certain : c'est que l'enfant ne mentait pas lorsqu'il disait que son prénom était Jack.






(Décembre 2012 - Avril 2014)



Illustration : CANNIBALISME DE L'AUTOMNE, peinture de Salvator Dali datant de 1936.

Tags : ♦♢♦FICTION♦♢♦

THE SECRET ON HELENE CARTER - PARTIE 1 21/12/2016



Avant-propos du collectif 
Les Descendants De Warren



Ce que vous allez lire contient les éléments importants du dossier sur l'affaire Nicolas Odeline, afin de montrer ce que la police britannique (qui ne reconnaît toujours pas l'existence de cette enquête) nous cache, de clarifier également les zones d'ombres, les spéculations relayées par les médias et comment tous ces massacres ont pu avoir lieu.
Sa lecture est déconseillée aux âmes sensibles.
 


Document 1 / Ordinateur portable de Nicolas Odeline - 
04 janvier 2016


Lorsque je faisais mes études de journalisme j'avais déjà un plan de carrière bien précis : me consacrer exclusivement au domaine politique (avec la batterie de cuisine que traînent presque toutes les personnes pratiquant ce métier, je ne risquais pas d'être au chômage) avant d'écrire le grand livre d'investigation que je m'apprête à commencer dès aujourd'hui.
Sauf que je ne m'attendais pas à ce qui est arrivé. Je n'imaginais pas devoir quitter ce métier qui me passionnait en cours de route (maintenant je peux bien le dire : lors d'une enquête pour un dossier destiné à un grand magazine, j'avais trouvé qu'un ancien Premier Ministre - encore en vie - était un pédophile très actif et qu'une poignée de secrétaires d'État - dont certains au gouvernement actuel - avaient des parts dans du trafic humain comportant essentiellement des femmes et des enfants - je vous laisse deviner toutes les menaces que j'ai pu recevoir au cours de mon enquête -).
Comme je devais payer mes factures je me suis mis à écrire un livre sur la tristement célèbre affaire du petit Grégory. Je ne m'attendais pas à ce que mes trouvailles et donc ce premier livre permettent de rouvrir l'enquête et d'enfin trouver qui est le véritable assassin.
Comme cela a également fait grimper en flèche le nombre d'exemplaires vendus, mon éditeur m'a donné carte blanche (et tous les crédits que je souhaitais) pour mon prochain ouvrage. J'en profite donc pour réaliser ce rêve d'étudiant : aller à Londres pour (essayer de) percer le mystère de Jack l'Éventreur.
À l'heure où j'écris ces mots je suis dans l'Eurostar et j'arrive à destination dans moins d'une heure.
J'ai déjà pris mes dispositions pour cette première journée.



Document 2 / Dictaphone de Nicolas Odeline - 
04 janvier 2016


« Je viens de déposer mes affaires dans ma chambre d'hôtel. J'ai de la chance d'avoir un éditeur très généreux - et de surtout sauter sa fille -. J'n'ai pas de temps à perdre si je veux arriver à l'heure à mon premier rendez-vous. Comme il est toujours bon de commencer par le commencement j'attaque cette enquête par le mystère Helene Carter, la prétendue première victime de c'bon vieux Jack, une légende urbaine vite oubliée qu'un duo (ou couple) de blogueurs français a remis au goût du jour il y a plusieurs mois. Voire un an. Je n'sais plus.
Ce premier rendez-vous est avec le docteur Bergman, actuel directeur de l'asile où elle fut jadis enfermée. »



[Entretien avec le Dr Bergman]


« 04 janvier 2016, nous sommes en fin d'après-midi et je me trouve à Londres dans le bureau du docteur Bergman.
Docteur, que pouvez-vous nous dire sur le cas Helene Carter ?
- Malheureusement, pas plus que ce qui a déjà été publié il y a quelques temps en France. Je me demande même comment ils ont pu trouver autant de détails à ce sujet sachant qu'il n'existe plus aucune trace de son dossier médical.
- Ils pourraient les avoir inventés. Après tout, Helene Carter et son internement à cause de Jack l'Éventreur, qui était alors un enfant le suppose-t-on, n'était jusque là qu'au rang de vague légende urbaine.
- Malheureusement, je ne crois pas que cela ait été inventé...
- Comment ça ?
- Et bien, depuis 1888, à chaque fois qu'un nouveau directeur entre en fonction dans cet établissement, il est informé par son prédécesseur - ou bien un employé qui connaît bien le passé de ces lieux - sur cette histoire.
- Pourquoi 1888 ? C'est justement l'année où Jack a commis les meurtres qu'on lui connaît.
- Tout à fait. Et bien, c'était en janvier ou février, un incendie d'ordre criminel a eu lieu aux archives, tuant au passage un surveillant qui effectuait sa garde. Tous les anciens dossiers avaient brûlé, et le directeur de l'époque n'avait quant à lui pas assez d'ancienneté pour avoir connu cette femme ni même son médecin, le docteur Hopkins.
- Justement, on dit qu'il s'était très attaché à elle, est-ce vrai ?
- Possible.
- On dit également qu'il a démissionné avant de disparaître dans la nature et a réussi à emmener sa patiente avec lui, ainsi que son dossier médical.
- Sa démission est un fait. Si ma mémoire est bonne, c'était durant l'été 1885, il en avait marre de toute cette folie, ce qui se comprend quand on sait comment étaient à l'époque cet asile et les rues alentours. Quant à sa patiente et son dossier médical... Tout ce que je peux vous dire, et ce venant de mon prédécesseur, c'est que miss Carter est décédée l'année où le docteur Hopkins est parti, et que son dossier était toujours dans les archives après son départ. Pour être franc, je pense qu'il a démissionné suite à son décès, et que le véritable fait troublant c'est l'incendie quelques mois avant le premier meurtre de l'Éventreur.
- Dites-moi, où se trouve votre prédécesseur ?
- Dans son caveau familial depuis l'année dernière.
- Hum... La police n'avait pas fait le lien entre l'incendie et Jack... ?
- Le directeur et le personnel de l'époque ont eu la visite du CID du Metropolitan Police Service après le cinquième meurtre. Mary Jane Kelly je crois... Mais sans dossier, sans témoignage d'Hopkins qui avait disparu et miss Carter décédée, ils n'ont pas cherché plus loin. En tout cas c'est à partir de là que cette histoire est devenue, comme vous dites, une légende urbaine.
- Pour en revenir sur ce qui a été publié en France sur Helene Carter, vous pensez vraiment que ce sont les véritables notes du docteur Hopkins que nous avons pu lire ?
- Plus de 130 ans après des blogueurs français retrouvent le journal, n'en dévoilent que quelques pages et refusent de montrer l'objet à qui que ce soit. Ma déduction est vite faite.
- Vous vous demandiez pourtant il y a quelques minutes comment ils ont pu avoir autant de détails...
- Tout simplement parce que c'est troublant de réalité. Mais après, n'importe qui s'intéressant à cette histoire, connaissant le Londres de l'époque et les pratiques médicales d'alors, pourrait faire le même rendu. Je pense. »



[En sortant de l'entretien]


« Malgré l'fait que cet hôpital psychiatrique ait été rénové dernièrement l'endroit reste sinistre. Ce directeur a une allure tellement macabre... Si j'l'avais croisé dans un couloir avant de connaître son identité je l'aurais pris pour un patient bien psychotique. Son regard si lugubre le rend effrayant, pas besoin d'déguisement pour une soirée épouvante, il n'aura aucun mal à s'fondre dans le décor.
Malheureusement, ma tâche va être plus compliquée que je ne l'pensais, véritablement aucune trace d'Helene Carter dans les archives - j'avais fait ma petite enquête avant de l'interroger -. Il va falloir qu'je creuse du côté du docteur Hopkins avant de me consacrer aux meurtres connus de Jack. Avec de la chance, il aura une descendance qui pourra peut-être m'aider.
Et merde, j'aurais dû me couvrir davantage : il fait un temps exécrable, depuis mon arrivée j'suis transi par cette pluie qui n'cesse de tomber. Mais comment ils font les gens dans c'pays ? »



[Au retour dans la chambre d'hôtel]


« Bon, un p'tit verre de vodka pour m'réchauffer et j'commence mes recherches sur Hopkins. Avec un peu d'chance, je finirais bien par trouver quelque chose d'intéressant.
Si Scotland Yard m'autorisait à consulter leurs dossiers cela simplifierait ma tâche, d'autant que les sites les plus fiables ne sont pas accessibles au public et trop sécurisés pour que j'prenne le risque de me faire choper à force de fouiner, j'ai pas envie d'me retrouver menottes aux poignets dans c'pays.
GENEAWIKI m'a l'air plutôt bien pour commencer, au pire j'en ai d'autres sous l'coude si celui-ci ne mène nulle part. Je tape Christopher Hopkins dans le moteur de recherche et je tombe sur 6 années différentes. Je choisis la plus ancienne qui est 1882. Sans surprise, dans la partie concernant le Royaume-Uni, je tombe sur un résumé de l'histoire d'Helene Carter certainement rajouté ces derniers mois. Je m'mets à taper au pif 1885. Parmi les 7 rubriques je prends celle concernant la santé et le troisième point, relatant un fait s'étant déroulé tout au long de l'automne, m'intrigue au plus haut point : plusieurs villages de campagne près de Londres ont eu recours à un docteur jouant les bons samaritains et gardant secrète son identité... (Longs souffles.) Je me connecte directement à GOOGLE en tapant plusieurs mots clés liés à cette affaire et je tombe sur... Des histoires d'un médecin traversant la campagne anglaise au dernier trimestre 1885 et soignant gratuitement les villageois qu'il rencontre. J'ai pas mal de lecture.
[Plus tard]
J'n'en reviens pas... Je crois qu'je tiens quelque chose en seulement quelques clics : sur les quelques histoires que j'ai lu toutes disent la même chose, ce médecin allait vers le nord et était accompagné d'une femme brune bien plus jeune que lui et apparemment très malade. Je n'peux pas croire ce que je lis... Si c'est bien Hopkins il a donc réussi à emmener Helene Carter avec lui... Mais pourquoi ?
Tiens...
[5 minutes après]
Ce parcours se serait arrêté au début de l'année 1886 suite à son passage dans un village perdu au milieu d'tout nommé Colchester. Ils indiquent aussi que ce médecin allait vers le nord. Mais plus rien après...
Cette femme était toujours à ses côtés, mais ils la décrivent comme une personne joyeuse et dévouée...
Plus rien après...
Mais sur quoi êtes-vous tombés ?...
D'instinct j'ai envie d'ouvrir GOOGLE EARTH et de voir à quoi ressemble Colchester et sa route qui mène vers le nord, mais je n'vois pas ce que ça pourrait m'apporter. Faudra aller sur place... Bon, je commence à saturer. J'en ai assez fait pour aujourd'hui. J'me prends un autre verre et me fais une petite virée nocturne dans Londres.
Ça n'peut pas faire de mal. »



Note 


D'après les éléments dont nous disposons, Nicolas Odeline ne rouvrira ni son dictaphone, ni son ordinateur et ne prendra aucune note avant le matin du 06 janvier.
C'est durant cette période qu'ont eu lieu les 3 premiers meurtres : Katryn Nichols, Sydney Tabram et Amanda Campbell.
A ce jour, nous ne connaissons toujours pas le nombre exact de victimes.
Pour rappel, la première victime est une prostituée ayant été sauvagement assassinée dans une ruelle aux alentours d'01 heure le matin du 05 janvier par 33 coups de couteau à divers endroits pendant qu'elle faisait le trottoir.
Les suivantes, à la base des call-girls, ont été tuées le lendemain vers la même heure dans une chambre du SAVOY HOTEL de manière barbare : d'après le rapport de police, elles étaient droguées au GHB. Le produit a commencé à faire effet durant l'acte sexuel (cependant, aucune trace de l'ADN de Nicolas Odeline n'a été retrouvée sur les lieux, ni même l'ADN d'aucune autre personne). Sydney Tabram a été torturée sur le lit, sous les yeux d'Amanda Campbell qui était attachée à une chaise, poignets et chevilles liés.
La première a été retrouvée à moitié assise sur les oreillers, les bras en croix, les seins déchiquetés et apparemment des morsures très profondes, le corps entièrement lacéré de coups de couteaux, les doigts de la main droite coupés et les tripes à l'air. Des débris de verre (provenant du miroir de la salle de bain) ont été également retrouvés dans son rectum.
Du moins, ce qu'il en restait.
Quant à la seconde, retrouvée nue et bien en face du lit, comme s'il voulait qu'elle n'en rate pas une miette, avait le corps soit ensanglanté, soit recouvert de vomis, étant donné qu'on lui a forcé à manger les intestins de la première victime. Les doigts manquants de celle-ci ont été retrouvés dans son vagin et tout comme elle, son rectum était défoncé.



Document 3 / Dictaphone de Nicolas Odeline - 
06 & 07 janvier 2016


« Oh ma tête...
Je crois qu'j'ai déconné : il est bientôt midi et l'écran de veille de mon téléphone m'indique que nous sommes mercredi. J'crois bien que j'ai rechuté et qu'j'ai fait une fête de tous les diables pendant plus de 24 heures... (Rire nerveux)
Je n'me souviens absolument de rien, c'est atroce...
Putain la journée va être longue...
Faut que j'essaie de m'souvenir... Je me rappelle d'être entré dans un bar, je crois bien que j'ai discuté avec 2 femmes avec lesquelles j'ai bu un verre mais dans un endroit différent... Et bien plus tard je crois...
Non, rien. Le flou total, même pas comment - et quand - j'suis rentré.
[Une heure plus tard]
Je viens de tomber sur la BBC... 3 meurtres de femmes à Londres depuis lundi soir... Des prostituées et atrocement massacrées, d'après ce qu'ils disent... Je préfère mettre ça sur le fruit du hasard. J'ai du pain sur la planche et des neurones à remettre en place avant.
Et bien entendu, aucun ticket de carte bleue sur moi. J'vais faire un tour sur le site de ma banque pour voir l'étendue des dégâts, ça va être folklorique.
[5 minutes après]
Tiens, à part l'équivalent de 5 ou 6 verres dans un pub il n'y a rien d'autre d'affiché, et je n'ai reçu aucun message d'avertissement pour me dire que je venais de liquider mon compte en très peu de temps et que j'étais en train de dépasser mon découvert autorisé (ce qui m'est arrivé plus d'une fois du temps où j'étais un alcoolique "très actif"). Et il me reste encore un peu de liquide de l'autre soir...
Donc rien d'alarmant sur mon compte, rien concernant les appels et les SMS, mon manteau sentant un peu le parfum d'une femme - mais toujours rien qui me revienne -, mes vêtements ne sont pas trop sales, je n'ai aucune trace de piqûre ni de coups sur le corps, pas une trace de cocaïne dans la chambre (ça m'est arrivé une fois, pendant ce que je croyais être ma dernière cuite), et il me manque seulement 2 préservatifs dans ma boîte achetée avant mon départ... Mais où est-ce que j'suis allé et qu'est-ce que j'ai bien pu foutre pendant plus de 24 heures bon Dieu ?
Bon, faut que je travaille. Ça m'apprendra à être si lâche et à détruire ma longue période sans cuite dont j'étais si fier.
[Au bout de quelques minutes]
Décidément j'ai vraiment la tête dans l'cul, je n'arrive à rien. Niveau concentration c'est le néant, tout est bordélique dans ma cervelle. J'ai essayé de me réécouter, de relire toutes les pages trouvées et enregistrées lundi mais rien ne m'inspire, l'écran m'fait plus mal yeux et au crâne qu'autre chose. J'suis tellement dans un sale état que je n'sais même pas quoi faire pour la suite.
Reprends-toi Nicolas...
J'vais prendre l'air, ça va me faire du bien.
[En fin de journée]
De retour dans ma chambre d'hôtel... Quelque chose cloche : je crois que certaines de mes affaires ne sont pas à la même place que tout à l'heure et que mon PC est du mauvais côté du bureau... Non, certainement qu'on est venu faire la chambre. J'deviens parano maintenant...
Bon, au boulot.
[Dans la soirée]
Ça fait plus de 3 heures que j'bosse pour trouver une trace d'Hopkins mais rien de concluant, il va falloir que j'aille à Colchester dès demain, ils doivent certainement avoir des archives consultables sur place, et qui sait, certaines histoires se transmettent de génération en génération, possible que j'tombe sur ce genre de personnage, c'est encore de cette manière qu'on en apprend le plus.
J'ai quand même relevé quelques faits divers de l'époque, notamment le meurtre d'une jeune femme à Minster, à environ 180 kilomètres de Colchester, qui a eu lieu dans la journée du 15 février 1886. L'article parle d'une femme portant le nom de Krueger qui aurait été sauvagement assassinée mais ne donne aucun détail sur ce meurtre. Son mari, sous le choc, a été immédiatement interné suite à ce drame. Il va falloir que j'creuse un peu plus, on verra plus tard, j'ai surtout besoin de m'reposer pour avoir les idées plus claires.
Krueger, Krueger...
(Silence de quelques secondes)
C'est pas vrai...
(Se relève et fouille dans un dossier)
Je crois bien qu'c'est eux : dans ma petite enquête sur Hopkins avant de venir ici j'ai pu trouver, de manière plus ou moins légale, quelques infos sur lui dont son arbre généalogique. Krueger était le nom de jeune fille de sa mère, un ancienne danseuse, d'ailleurs décédée un an avant qu'il ne rencontre Helene Carter. Oui... OUI ! Je sens que je les tiens ! Comment certains ont pu passer à côté, franchement ?
Je me couche maintenant, je vais avoir une longue route et beaucoup de travail demain.
[07 janvier 2016, 03 heures 40]
Je viens de faire un d'ces cauchemars... Je crois qu'cette histoire me monte trop à la tête : c'était à la fin du XIXème siècle, une nuit d'orage, j'arrivais dans un village dont j'ignore le nom et allais au pub du coin. Tout était éclairé à la bougie, les gens riaient, buvaient, faisaient la fête.
En m'approchant du comptoir j'entends quelques messieurs hurlant de bon c½ur "À la santé de Jack !". En m'asseyant le barman me demande ce que je veux, je lui demande alors une pinte, le paye après avoir été servi en lui disant de garder la monnaie, grand seigneur, et j'n'ai pas eu le temps d'la commencer que quelqu'un me tapote l'épaule. Je m'retourne et c'est le docteur Bergman, en tenue d'époque et avec son sourire légendaire. Il me demande : "C'est vous le journaliste ?
- Oui...
- Madame Krueger vous attend", et il me montre une pièce située au fond du pub. Un homme surveille la porte.
Je m'y rends, en chemin je vois un pauvre type seul à une table, complètement déchiré à la bière et qui me regarde en pleurant "Annie Chapman était la première femme de ma vie" avant de reprendre une bonne gorgée.
À peine ai-je posé la main sur la poignée que son "gardien" me saisit le bras. C'est l'docteur Hopkins, vieilli par rapport à l'unique photo que j'ai vu de lui mais je reconnais son regard perçant et sa carrure assez robuste. "Faites-lui du mal et c'est moi qui vous arrache les tripes" qu'il me dit avant que je n'entre dans la pièce.
Elle était petite, éclairée un minimum, n'avait je crois qu'une table et 2 chaises sur le côté. En plein milieu de la pièce il y avait une femme, debout. Brune, les cheveux longs et lisses, habillée d'une longue robe blanche et me regardant avec des yeux livides. "On m'a dit que vous m'attendiez" ai-je commencé à dire. Elle a penché sa tête sur le côté un temps avant de me regarder normalement pour me répondre : "Vous êtes exactement son portrait.
- Le portrait de qui ?
- Du dévoreur d'entrailles.
- Pardon ?
- Pourquoi m'a-t-on infligé le nom d'Helene Carter ? Hein ? Pourquoi ?!
- Vous... Vous êtes vraiment... ?"
Et bien entendu, au moment où j'ai commencé à m'approcher elle se met à regarder derrière moi et recule en poussant un long cri de terreur. J'ai à peine eu l'temps de m'retourner qu'un homme portant une cape et masqué par une écharpe grise m'égorge avec un scalpel, tandis qu'elle se met à hurler : "Non ! Vous êtes censé être mort !"
Je me suis réveillé à c'moment-là.
Je n'aurais pas dû me remettre à boire à c'point là. »



Document 4 / Téléphone portable de Nicolas Odeline -
07 janvier 2016


« Nous sommes jeudi matin, il est bientôt 10 heures et je me trouve dans une voiture de location avec laquelle j'ai fait la route vers la ville de Colchester, le tout en partant tôt vu qu'il s'agit de ma première étape du jour. Je me trouve actuellement sur le parking de la bibliothèque municipale et je laisse cette application ouverte sans que personne ne se rend compte qu'elle fonctionne et surtout pour ne rien rater.
[Quelques minutes plus tard, à peine entré dans les lieux]
Bonjour, je suis journaliste et j'aimerais avoir accès aux archives de la ville sur une époque très précise.
- Bien sûr, nous regroupons même les archives de toute la région si vous le désirez.
- Je vais d'abord commencer par cette ville.
- Suivez-moi. (Pendant qu'ils se rendent vers les archives) Vous travaillez pour quel journal ?
- En fait je suis en train d'écrire un livre et j'aimerais m'inspirer d'une histoire s'étant déroulée ici à la fin du XIXème siècle.
- Ah, vous devez certainement parler du docteur qui soignait les gens gratuitement.
- On ne peut rien vous cacher.
- C'est l'une des seules choses vraiment intéressantes dans l'histoire de cette ville. Nous y sommes. Le tout est regroupé par année. Mais vous ne trouverez rien d'autre qu'un petit article au début de l'année 1886.
- Merci.
- Vous pouvez vous installer à la grande table dans le fond si vous le désirez, le jeudi matin est plus calme que d'habitude.
- Je suis tombé sur un bon jour alors.
- Hum. Vous êtes français, je me trompe ?
- Comment l'avez-vous deviné ?
- Il n'y a que les français pour essayer de prendre un accent anglais de manière si horrible.
- (Rire) Et vous, vous savez parler français ?
- Mieux que vous ne parlez anglais. Bon courage.
- (Pendant qu'elle part) Tu vas voir toi...
[Quelques minutes plus tard]
Effectivement, rien à part un petit article datant du 05 janvier 1886 évoquant le départ la veille de leur bienfaiteur ainsi que de son épouse vers le nord. Pour la première fois je tombe sur quelque chose qui lui attribue le nom de Krueger. Je suis étonné qu'aucun autre papier de l'époque ou que plus tard un internaute très curieux n'en fasse état, mais bon.
Je suis même étonné qu'il n'y ait rien à son sujet dans les archives de 1885... Faut que je fouille pour la région.
[Peu de temps après]
Non, rien pour 1885 et 1886. Le néant.
Tiens... On dirait que...
- Vos recherches ont été fructueuses ?
- Ah !... Vous m'avez fait sursauter (rire nerveux). Non, rien à part l'article que vous avez mentionné. Et qui évoque aussi son épouse...
- Pourquoi ? Il n'a pas le droit d'en avoir une ?
- Si si, mais pour le peu que j'ai trouvé sur lui avant sa venue dans cette ville il n'était pas marié.
- Vous devriez aller voir le Père Camille.
- Qui ça ?
- C'est notre curé. L'église regorge encore de nombreuses archives de l'époque, certaines concernent plusieurs mariages de cette période.
- Je devrais peut-être voir l'état civil de votre mairie avant...
- Non, faites-moi confiance, la mairie avait brûlé à la fin du XIXème siècle et certaines archives de l'époque ne sont encore disponibles qu'à l'église - nous ne sommes jamais qu'une petite ville avec un éternel manque d'effectif au niveau administratif -.
- Je vois. Je vais faire une photocopie de cet article, si vous le permettez, et je vais aller voir.
- (Pendant qu'il se lève) Mais je vous en prie. Vous êtes de Paris ?
- J'y ai vécu et travaillé, mais en fait je viens de Calais.
- D'accord. Pour ma part j'ai toujours vécu ici. Sauf pour mes études.
- Et en dehors d'être une charmante bibliothécaire, vous faites quoi de vos journées ?
- Je nourris ma chatte et m'occupe de ma mère.
- Et personne avec qui passer vos soirées ?
- (Rire nerveux) Ah lala, vous êtes vraiment un français... Non, pas en ce moment.
- Je m'appelle Nicolas.
- Marion.
- Enchanté, Marion.
- Moi de même.
- Je vais devoir repasser dans le coin en fin de journée, on peut certainement boire un verre ensemble... ?
- Allez faire votre photocopie.
- Ah oui, une dernière chose, de quand date l'incendie de la mairie que vous évoquiez ?
- Hum... Au début de l'année 1888 je crois. Je n'ai plus la date en tête. Je peux vous chercher ça et vous le photocopier.
- Ce serait un immense service, merci.
- Et je vous le donnerai ce soir, en prenant un verre... »



[En allant à l'église, à pied]


« On va voir ce que donnera cette fouille dans les archives du Père Camille. Maintenant j'ai la preuve qu'ils sont partis de cette ville en étant mariés et sous le nom de Krueger, mais je suis vraiment intrigué par le fait qu'il n'y ait vraiment aucun autre élément à ce sujet et en plus, pour les archives de la région, j'ai comme l'impression que des pages manquent. Sans parler de l'incendie de la marie qui comme par hasard ce serait déroulé à la même période que pour l'asile de Londres...
Sinon, il se pourrait bien que je passe la nuit à Colchester, dans le lit d'une charmante brune qui a des yeux qui crient braguette. »



[Dans l'église, 13 minutes plus tard]


« Excusez-moi, est-ce vous le Père Camille ?
- Vous désirez ?
- Bonjour, je suis journaliste et la bibliothécaire m'a informé que votre église regorge d'archives. J'aimerais vérifier certaines datant de la fin du XIXème siècle... Si ça ne vous dérange pas, bien entendu.
- Hum...
- Quelque chose ne va pas mon Père ?
- Non rien, c'est juste... Votre visage me dit quelque chose.
- Vous devez me confondre avec quelqu'un d'autre, c'est la première fois que je viens ici.
- Oui, certainement. Et qu'est-ce que vous cherchez plus précisément ?
- La trace d'un mariage.
- Oh, ce n'est pas ce qui manque vous savez.
- Fait durant l'hiver 1885-1886.
- Vous étiez avant à la bibliothèque municipale, disiez-vous ?
- Oui.
- Vous devez certainement écrire sur le médecin...
- Tout à fait.
- Suivez-moi.
[Un peu plus tard]
- Laissez-moi porter ça mon Père, ce classeur a l'air d'être très lourd.
- Non non mon fils, mes bras sont encore assez solides.
- Comme vous le voulez. Attendez, je débarrasse la table.
- Merci bien. Bon, les Krueger... (Il feuillette le classeur) Voici. Une photo et l'acte de mariage.
- Elle a l'air vraiment heureuse.
- Oui, elle a vraiment un beau sourire cette enfant... Vous en avez l'air étonné.
- Mmmm ?
- Vous avez l'air étonné de la voir rayonnante le jour de son mariage.
- Ah, c'est juste que je la vois pour la première fois, si je puis dire.
- Ah... Elle est jolie, n'est-ce pas ?
- Oui... Et lui a une de ces prestances sur cette photo.
- C'est vrai, c'est vrai...
- Vous essayez toujours de trouver où vous m'avez déjà vu, mon père ?
- Oh ça me reviendra (rire).
- Le 02 janvier 1886... C'est le samedi d'avant leur départ...
- Probablement, je ne souviens plus trop des détails de son passage ici, vous savez.
- Les témoins étaient d'ici ?
- Attendez... Oui, c'était le maire de l'époque, et pour elle c'était sa femme. Ils ne connaissaient personne et si je ne me trompe pas ils n'avaient pas de famille. De famille...
- Oui mon Père ?
- Non rien, je pensais...
- Ah... Dites-moi, on vous a déjà demandé à voir ces documents ?
- Pour ma part qu'une seule fois, quand j'ai pris mes fonctions dans cette ville. Oh il y a fort longtemps vous savez... Ah ! J'y suis ! Justement à ce moment-là.
- ... Comment ça ?
- L'homme qui m'avait demandé de les voir. Vous êtes son portrait craché. Peut-être était-ce votre père... ?
- Ah là, je ne peux pas vous renseigner.
- Vous n'avez peut-être jamais connu votre père... ?
- Ni même ma mère. J'ai grandi dans un orphelinat.
- Ah... Et vous êtes d'où, sans indiscrétion ?
- Je viens de Paris, mais je suis né et j'ai grandi à Calais.
- Peut-être un cousin.
- Certainement... Puis-je faire des photocopies ?
- Je vais vous les faire, attendez ici.
- Merci."
(Une fois que le Père est sorti de la pièce)
C'est la première fois que je la vois. C'est le même visage, la même taille que dans mon cauchemar. Mais le corps... Faut que je revois cette photo... Je me demande quand même pourquoi ils sont partis 2 jours après leur mariage. Après tout, ils auraient bien pu s'établir ici...
(Le Père revient)
"Tenez mon fils.
- Merci. Tiens...
- Un problème ?
- Non du tout, c'est juste que si on regarde bien son ventre on croirait qu'elle est dans les premiers mois d'une grossesse.
- Mon fils, cette photo est celle de leur mariage et lui était visiblement un homme de c½ur, et sérieux.
- Je sais, et alors ? Ça n'empêche pas de... Oh, pardon mon Père, j'avais oublié.
- Ce n'est rien. »



[Dans la voiture, juste après]


« Je crois que j'avance bon train : je tiens la preuve qu'ils se sont mariés le 02 janvier 1886 sous le nom de Krueger, qu'elle était visiblement aux premiers mois d'une grossesse et qu'ils sont partis 2 jours plus tard. Je fonce tout d'suite à Minster, en espérant tomber sur quelque chose. »



[Arrivé à Minster]


« Bordel, c'est pire que c'que j'imaginais : il n'y a absolument rien dans ce bled. Une véritable ville d'hôtes. Je n'vois plus qu'une solution : aller dans le bar du coin en espérant y trouver des p'tits vieux qui y passent leur journée à se poivroter - ils ont de la chance - puis qui connaissent bien l'histoire des lieux.
Que je n'vienne pas ici pour rien. »

[Discussion avec Marion Gassian par SMS]

« Léger contretemps, je risque d'arriver tard ce soir.
- Pas grave, je ne travaille pas le vendredi matin. ;-)
- Cool. Je ferai signe dès que je serai revenu à Colchester. :-) »



[Dans l'unique pub de Minster]


« Qu'est-ce que ce s'ra pour monsieur ?
- Euh... Un café, s'il vous plaît.
- (Une fois qu'il est servi) Monsieur n'est pas du coin.
- Non. En fait je suis journaliste et j'écris sur quelque chose qui a eu lieu dans cette ville il y a longtemps.
- Quand vous dîtes longtemps, vous pensez à quelle période ?
- Fin du XIXème siècle.
(Silence de mort dans le bar pendant quelques secondes)
- Alors là, vous n'pouvez pas mieux tomber. Je n'parle pas de moi, pour être franc je ne suis pas d'ici et je n'connais pas vraiment l'historique de la région, mais regardez au fond, là, sur une des banquettes... Son nom est Ralph. Un vrai manuel d'Histoire à lui tout seul.
- Vous êtes sûr qu'il pourra m'aider ?
- Je pense, mais je vous conseille de vous dépêcher il est en train de terminer sa première bière.
- Il n'a pas l'alcool facile ?
- Pas du tout. Mais ce n'est pas forcément d'sa faute. Ça reste entre nous : monsieur est quelque peu déficient de la tête, si vous voyez c'que je veux dire.
- C'est de naissance ?
- Non, du tout. Il a eu ça quand il était dans la marine. Il était sur un voilier, en pleine tempête, une mauvaise secousse et il s'est retrouvé la tête la première contre la barre. Forcément, ça laisse des traces... Le pauvre bougre... J'crois bien que depuis ce jour on n'l'a plus vu sobre.
- Je vois...
- Et surtout, il est veuf depuis le mois dernier, donc...
- Très bien, merci.
(Une fois arrivé vers Ralph)
Je peux m'asseoir ?
- (Au bout de quelques secondes) Nous sommes dans un pays libre.
- Merci. Je m'appelle Nicolas Odeline, je suis...
- Je sais je sais, je vous ai entendu tout à l'heure. Vous voulez que je vous parle du massacre de madame Krueger ?
- Oui.
- C'est une histoire que nous racontait souvent notre grand-père, à Elisabeth - ma s½ur aînée - et moi. Vous feriez mieux d'aller la voir. Elle a encore tous les détails en tête.
- Et où vit-elle ?
- Dans une maison à la sortie de la ville. Mais je vous préviens, elle approche les 86 ans et est ratatinée par l'âge, sans parler de son corgi, Charles, qui ne fait que d'lâcher des caisses. Faut parfois être patient avec elle. Vous avez de quoi noter l'adresse ?
- Vous ne préférez pas venir avec moi ?
- Non, je reste ici. Il n'y a plus que là que j'suis bien.
- Hum, comme vous voulez. Quelle est son adresse, alors ? »



[En sonnant chez Elisabeth, un quart d'heure après]


« Qu'est-ce que vous voulez ?
- Bonjour madame, je m'appelle Nicolas Odeline, je suis journaliste. J'aimerais écrire sur un fait ancien s'étant déroulé dans cette ville et votre frère m'a dit que vous pourriez m'aider. C'est lui qui m'a donné votre adresse.
- Et où l'avez-vous rencontré ? Au pub, je présume.
- Oui madame.
- Tant qu'il n'oublie pas les courses, celui-là. Entrez. Et verrouillez la porte derrière vous.
- Merci.
(Quelques secondes plus tard, à voix basse)
Je suis dans son salon, j'en profite qu'elle soit allée chercher le thé. Je m'étonne qu'une femme de son âge puisse vivre seule dans une si grande maison. Les quelques tableaux et photos que je vois ici sont vieux et sinistres. En plus j'ai l'impression qu'ils m'observent... Et il y a vraiment un corgi. Il est assis face à moi et ne cesse de me regarder. Sale bête, je déteste les cl...
Laissez-moi vous aider madame.
- Non non, ça va aller, j'ai l'habitude.
- (Une fois qu'elle est assise) Merci. Vous vivez seule ici ?
- Avec mon frère, depuis qu'il est veuf. Finalement c'est le c½ur de sa garce d'Annie qui a lâché en premier.
- Il est plus jeune que vous.
- Nous avons 13 ans de différence. Viens-là mon Charles, viens mon prince... Depuis que ce pauvre Charles a du rhumatisme, il ne peut plus sauter sur mes genoux. (Bruit de pet) Il est adorable. Vous aimez les chiens ?
- Oh oui, je les adore.
- Et je peux savoir ce qui vous amène à Minster ?
- Une enquête sur un couple qui se serait installé ici en janvier 1886. Les Krueger.
- Seigneur Marie Joseph !... Et vous voulez que je vous parle surtout du meurtre...
- Oui, madame.
- Je connais cette histoire parce que mon grand-père nous la racontait quand on était enfants. Faut dire qu'il était sur les lieux.
- Pardon ?
- Il était sur les lieux.
- ... Votre grand-père était témoin du meurtre ?!
- Ça vous étonne, n'est-ce pas ?
- Carrément.
- C'est normal, le seul article qui ait été fait à ce sujet ne l'évoque pas. D'ailleurs, je me demande si la police a fait quelque chose de sa déposition...
- L'article disait que le mari était profondément sous le choc, au point d'avoir été interné juste après...
- C'est vrai. Mais il n'a pas été interné longtemps : il était tellement dévasté qu'il s'est suicidé le premier ou le second soir à l'asile. Pendaison, je crois.
- Pauvre docteur Hopkins...
- Pardon ?
- Non, rien, je pensais... Et qu'est-ce que vous racontait votre grand-père ?
- C'était en début d'après-midi, il revenait plus tôt du travail. Plus tôt que d'habitude. À l'époque il n'avait pas les moyens de s'offrir une voiture, donc il était à vélo. Il rentrait à Minster et... Vous ne prenez pas de notes ?
- Mon téléphone enregistre (il tapote l'appareil).
- D'accord... Il rentrait sur Minster et la maison des Krueger était sur son chemin. Au loin il a vu un homme frapper à la porte, et lorsque madame Krueger a ouvert, elle a un poussé un cri de terreur. Un hurlement effroyable, à tel point que mon grand-père l'entendait à l'autre bout de la route. Elle le connaissait...
- Mais il n'y avait pas de voisin ?
- À cette époque, à la sortie de la ville, il n'y avait que cette maison aux alentours.
- Par rapport à ici, où se trouve cette maison ?
- Mais, nous y sommes.
- ... Comment ça ?
- C'est ici qu'ils vivaient. Depuis ça a été démoli et reconstruit en mieux, mais c'est à cette adresse qu'ils vivaient.
- ... D'accord. Donc elle hurlait...
- Oui. L'homme l'a poussée puis est entré. Mon grand-père a couru vers la maison pour aller l'aider, mais avant d'entrer il a vu par la fenêtre ce qu'il se passait... Il était si horrifié qu'il en était resté figé sur place.
- Racontez-moi...
- Il l'avait allongée sur la table de la cuisine. Elle était inconsciente. Elle était enceinte d'un peu plus de 8 mois et là...
- Attendez, elle était à son huitième mois ? Vous en êtes sûre ?
- Oui, tout à fait.
- J'ai vu la photo de leur mariage qui s'était déroulé un mois auparavant, elle n'avait pas l'air d'être à 7 mois de grossesse...
- Ce mariage a eu lieu dans une église ?
- Oui.
- Alors voilà.
- Je vois. Donc elle était enceinte de 8 mois, et... ?
- Cet homme l'a éventrée, lui a arraché les tripes avant de lui enlever le bébé de ses entrailles... Le comble de l'horreur, c'est qu'elle a ouvert les yeux quand il a pris l'enfant dans ses bras, et s'est éteinte de suite après...
- Et... Et votre grand-père... ?
- Il s'est assis contre la façade de la maison, totalement paniqué, effrayé - le plus grand regret de sa vie -. Et cet homme... Quand il est sorti de la maison avec le bébé dans les bras, il l'a regardé et l'a tout simplement salué avant de partir.
- Votre... Votre grand-père a vu son visage ?
- Malheureusement non, il avait une écharpe qui lui recouvrait la moitié du visage tout du long. Il a vu qu'il était châtain foncé, et ses yeux... Je crois avoir encore un dessin de son regard...
- Je... Je pourrais le voir ?
- Bien sûr.
- Donc... Il l'a simplement salué et il est parti ?
- Oui.
- Il est parti avec le cadavre du bébé dans les bras ?
- Le cadavre ? Mais vous n'y êtes pas : il vivait encore. Le bébé était vivant.
- ... Quoi ? »






À suivre.

Suite et fin lisible le 1er mars 2017.



(Juillet - Décembre 2016)

Tags : ♦♢♦FICTION♦♢♦

THE SECRET ON HELENE CARTER - PARTIE 2 01/03/2017




Document 5 / Ordinateur portable de Nicolas Odeline - 
07 janvier 2016



Je profite que Marion prépare le dîner pour faire la liste de mes trouvailles. Tout d'abord, l'article qu'elle m'a photocopié concernant l'incendie de la mairie de Colchester en 1888 confirme ce que je pensais... 
Voici donc les faits d'après les documents et témoignages recueillis : 

Août 1885 : Helene Carter, alors internée à Londres depuis bientôt 3 ans, tombe enceinte. Le docteur Hopkins, fatigué par son métier (mais l'était-il vraiment ?) démissionne et l'aide à s'évader de l'asile afin de l'emmener avec lui (à titre personnel, je pense qu'il était véritablement le père de l'enfant et qu'il était vraiment amoureux d'elle). L'asile la déclare morte, certainement pour éviter un quelconque scandale.
Juste après, ils se rendent tranquillement vers le nord, s'arrêtant de préférence dans des petits villages où Hopkins soigne les habitants gratuitement (sa mère lui avait laissé un héritage conséquent quelques années plus tôt). Helene se remet peu à peu.
02 janvier 1886 : ils se marient à l'église de Colchester, sous le nom de Krueger.
04 janvier 1886 : ils partent de Colchester alors qu'elle est enceinte de 7 mois et que rien ne les empêchait de s'y établir. Ils s'installent dans une maison à Minster.
15 février 1886 : Helene est massacrée dans leur maison durant l'après-midi par quelqu'un qu'elle aurait reconnu malgré son visage caché. Hopkins était absent (sûrement soignait-il quelqu'un en ville). L'assassin (Jack ?) part avec le bébé encore en vie. 
La police n'a rien fait de la déposition du seul témoin (d'après la petite-fille de celui-ci) et Hopkins, ravagé par le choc, est immédiatement interné. Il se suicide le soir même ou le lendemain. Peut-être par pendaison.
Janvier/février 1888 : la salle des archives de l'asile où Helene fut internée (et donc où officiait son futur mari) est sujet à un incendie criminel, tuant au passage le gardien. Il n'y a plus rien des dossiers alors entreposés.
Nuit du 22 au 23 février 1888 : la mairie de Colchester est entièrement détruite par les flammes. Les archives ne sont plus qu'un tas de cendres.
31 août 1888 : on découvre la première victime canonique de Jack (Mary Ann Nichols) dans le district de Whitechapel (2 meurtres ont eu lieu les 03 avril et 07 août - Emma Elizabeth Smith et Martha Tabram - mais rien n'indique que c'était lui l'assassin)...

En ce qui concerne Colchester, j'ai constaté en me rendant à la bibliothèque que des pages issues des archives régionales de 1885 et 1886 (lors de la période hivernale reliant ces 2 années) ont été déchirées. Je ne cesse de me demander qui aurait pu souhaiter voir le certificat de mariage il y a plusieurs années...

J'ai déjà trouvé pas mal d'éléments en quelques jours. Je vais demander à Marion si elle veut passer le week-end à Londres avec moi dès demain, quand elle sortira de son travail. 
Je ne pense pas qu'elle me dise non.



  Document 6 / Téléphone portable de Marion Gassian (SMS envoyé à sa s½ur, Stephanie) - 08 janvier 2016


« Bonjour :-) ,
Je suis désolée mais on va reporter notre sortie de demain à la semaine prochaine : j'ai rencontré un homme charmant. Il est journaliste (et français), il m'emmène passer le week-end à Londres, je t'en dirai plus rapidement ;-) .
Encore désolée, je t'embrasse. »



Note


Cet SMS (le mobile de Marion Gassian a été retrouvé avec les effets personnels de Nicolas Odeline) peut laisser supposer qu'il a été la dernière personne à l'avoir vue vivante : au matin du 12 janvier, un colis - provenant de Londres et oblitéré la veille - a été envoyé au New Scotland Yard, contenant la tête de Marion Gassian. Elle avait les yeux inversés, la langue retournée et plusieurs dents cassées. 
Une carte postale représentant Londres à la fin du XIXème siècle était également dans ce colis, avec marqué au dos (et à la plume) : 
« From Hell. 
I'm back. 
J. »

La police gardera ce fait au secret et la famille de Marion Gassian, ainsi que les médias, n'en sauront rien. 
À ce jour, à titre officiel, elle est toujours portée disparue. 
La police n'a toujours pas retrouvé le reste de son corps.
La réaction de Nicolas Odeline (qui n'a aucunement été inquiété par la police alors que Stephanie Gassian avait bien indiqué à celle-ci que sa s½ur partait pour le week-end avec un journaliste français), par rapport à cette disparition, sera tout de même étonnante, comme vous pouvez le lire ci-dessous...



 Document 7 / Dictaphone de Nicolas Odeline - 
11 janvier 2016


« Marion est partie pendant qu'je dormais. Elle est rentrée chez elle sans laisser un seul mot visiblement. J'suis assez étonné... Bon...
Allez, au boulot. J' vais mettre en page tout c'que j'ai trouvé la semaine dernière, et juste après j'attaque mon sujet principal : Jack. »



Note
 

D'après les données disponibles dans son ordinateur, Nicolas Odeline n'a aucunement travaillé sur ses trouvailles concernant Helene Carter et le Dr. Hopkins de la journée. 
Le lendemain matin, les corps d'Elisabeth et Ralph Pentrumple sont retrouvés à leur domicile, à Minster. D'après le rapport de police (cette dernière qui a aussi passé cette affaire sous silence), ils ont été ligotés face à face sur une chaise, baignant dans leur sang, tous deux la langue arrachée et mise dans la bouche de l'autre, puis les yeux désorbités et enfoncés dans leurs oreilles. La maison a également été mise à sac, comme si le(s) responsable(s) de ce double meurtre cherchai(en)t quelque chose de précis. 
On peut supposer que Nicolas Odeline - s'il est à l'origine de ce double meurtre -, juste après avoir envoyé la tête de Marion Gassian au New Scotland Yard - si là aussi il s'agit bien de lui -, a repris une voiture de location, cette fois sous un faux nom (il était souvent sous couverture lorsqu'il était journaliste) et en payant avec du liquide pour retourner à Minster afin de s'en prendre aux Pentrumple. 
On peut également supposer - toujours dans cette hypothèse où c'est lui qui a commis cette série de meurtres - qu'il n'a fait qu'un bref aller-retour puisque dans la nuit du 11 au 12 janvier, Angelina Bishop, célèbre chroniqueuse d'une trentaine d'années travaillant dans une émission télévisée très populaire en Angleterre mais aussi connue pour avoir été une prostituée, est sauvagement assassinée à Londres. Son corps, dans un sale état, a été retrouvé à l'aube dans une ruelle. 
D'après le rapport du médecin légiste, elle a été frappée à de multiples reprises avant que ses yeux ne soient arrachés pour être enfoncés au fond de sa gorge. Elle a reçu par la suite une quinzaine de coups de couteau. 
En l'ouvrant, le médecin légiste eut la surprise de tomber sur un serpent (une vipère aspic) qui lui dévorait les entrailles petit à petit. Il a été déduit qu'il fut introduit dans son corps par les parties intimes. 
Officiellement, Angelina Bishop est décédée dans son sommeil. La police et les médias l'ayant fait passer pour une dépressive qui a pris une surdose de médicaments (une raison maintes fois utilisée depuis des décennies et dans plusieurs pays...).
Toutefois, d'après les données dont nous disposons, l'ordinateur de Nicolas Odeline a été ouvert et ses trouvailles de la semaine précédente ont toutes été explorées au moment où Angelina Bishop se faisait tuer. On peut donc en déduire qu'il n'y est pour rien dans cet assassinat, mais ce qui va suivre peut semer le doute...



Document 8 / Dictaphone de Nicolas Odeline - 
12 janvier 2016


« J'ai beau n'pas être au top de ma forme parce que je viens de passer la nuit à faire la fête dans Londres mais là j'en suis sûr : quelqu'un est entré ici, et vu l'heure [il était 05 heures du matin] je n'pense pas que c'était la femme chambre... Bordel...
[Quelques secondes plus tard, le temps qu'il aille à son bureau.]
On a touché à mon ordinateur, l'écran n'était pas refermé totalement, et je suis sûr que mes dossiers n'étaient pas posé dans ce sens-là... Pourvu que... 
[Il allume son PC et vérifie ses dossiers.]
Non, c'est bon, tout est là. Soit je deviens vraiment parano - ce que je ne pense pas -, soit la semaine dernière j'ai trouvé quelque chose impliquant Jack dans toute cette histoire... 
Je dors quelques heures et m'y remets sérieusement. 
[17 heures. Il n'a nullement touché à son PC depuis.]
Je viens de recevoir un appel masqué. C'était une voix qu'il me semble connaître... [La police a depuis retracé l'appel : c'était le Dr Bergman.] On m'a donné rendez-vous pour 19 heures dans un pub au c½ur de Londres. Apparemment je suis sur la bonne voix. Je savais qu'on m'espionnait ! Mais pourquoi ? J'ai vraiment dû tomber sur la bonne piste avec le meurtre d'Helene Carter... Si ça s'trouve, ce que j'imagine est vraiment la réalité : Jack doit bel et bien être l'assassin de cette pauvre Helene... Ce rendez-vous est vraiment glauque mais j'y vais quand même, en prenant un max de précautions. »



Document 9 / Mouchard de Nicolas Odeline - 
12 janvier 2016


« Il est tout juste 19 heures et j'suis devant le lieu du rendez-vous : le B.B.I. Ce bar m'a l'air bien rempli, je m'demande vraiment sur quoi ça va déboucher. J'y entre.
[Quelques minutes après, le temps qu'on lui serve une bière au comptoir, un homme lui adresse la parole...]
Nicolas Odeline ?
- Oui ?
- On vous attend au second étage.
- Et qui m'attend ?
- Un monsieur tout à fait respectable qui a des choses importantes à vous dire.
- Et pourquoi ne veut-il pas me les dire ici ?
- (La voix d'un deuxième homme.) Au second étage vous serez mieux. Il l'a réservé spécialement pour vous.
- Oh, dans ce cas...
[Une fois qu'ils aient monté les escaliers. Le premier homme lui parle de nouveau.]
- Attendez, nous devons vous fouiller. François, si tu veux bien... (On le fouille, vu le bruit le mouchard a failli être frôlé.) Mais que pensiez-vous faire avec une chose pareille ? Nous sommes entre gens civilisés voyons.
- On ne sait jamais. Les rues ne sont pas très sûres la nuit.
- Certes, certes... On vous le rendra après votre entretien. Il vous attend.
[Une fois entré dans la pièce.]
- Monsieur Odeline. Venez, asseyez-vous. Je suis ravi que vous soyez venu.
- Docteur... Je ne vous imaginais pas fréquenter ce genre d'endroit.
- Il est vrai que j'y suis peu habitué mais comme je sais que vous y êtes à l'aise et que nous ne risquons pas d'être dérangés...
- J'ai remarqué. Charmants vos amis.
- Vous le dîtes sur un ton ironique. Manuel ne vous a quand même pas fait monter de force... ?
- Non, c'est juste que je n'ai pas apprécié la manière dont me regardait le gros à lunettes.
- Ah, François. Il doit vous trouver séduisant (rire).
- Docteur Bergman, ce n'est pas que je n'apprécie guère votre compagnie mais à quoi rime tout ceci ? Et comment savez-vous que j'aime bien les pubs ?
- Vous êtes sûr que vous ne voyez vraiment pas ?
- Vous m'espionnez depuis notre entretien ?
- À vrai dire, on vous surveille depuis que vous m'avez contacté.
- ... Je vous demande pardon ?
- Nicolas, je me permets de vous appeler par votre prénom, nous avions perdu la trace de votre mère quelques jours avant votre naissance.
- (En se levant.) Je n'ai pas d'temps à perdre avec...
- Vous êtes bien né de parents inconnus, n'est-ce pas ? Et vous avez passé une partie de votre enfance dans un orphelinat dans le nord de la France, je me trompe ?
- (Il se rassied.) Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
- Vos origines inconnues, votre enfance, votre fascination pour lui et tout ce que vous faîtes depuis que vous êtes à Londres, tout indique que vous l'êtes.
- Ce que je fais ? 
- Ne niez surtout pas, nous savons tout. Manuel vous suit depuis votre descente de l'Eurostar, et nous avons des photos et des vidéos à l'appui. Et François inspectait votre chambre d'hôtel en votre absence. Croyez bien que je suis le premier à regretter ce genre de méthode, mais il fallait que nous soyons sûrs.
- Que vous soyez sûrs de quoi ? Et qui croyez-vous que je suis ?
- L'un de ses descendants, Nicolas. Son arrière-arrière-petit-fils, pour être plus précis.
- Arrière-petit-fils de qui ?
- Mais, de Jack.
- (En se relevant.) Vous devriez être enfermé avec vos patients.
- (D'un ton presque autoritaire.) Et que faisiez-vous dans la nuit du 04 au 05 janvier ? Ainsi que la suivante, sans parler de toute la journée d'hier ? (Long silence de la part de Nicolas.) Et bien ? (Il se rassied.) Nous savons tout, vous pouvez nous le dire librement.
- Je ne vois pas ce que j'aurai de spécial à vous répondre à ce sujet.
- Voyons, vous n'avez rien à craindre de nous.
- Vous me confondez avec quelqu'un d'autre.
- Sottise, même le Père Camille, qui est un des nôtres, considère que vous êtes son portrait craché.
- Quoi, vous allez me dire que je ressemble à Jack ?
- Non (petit rire). Non, je voulais dire, de votre père.
- ... Vous avez connu mon père ?
- Oui. Lui aussi faisait partie des nôtres. En quelques sortes.
- Des vôtres ?
- Oui. À votre avis, pourquoi Jack ne s'est jamais fait prendre ?
- (Long soupir.) Trop malin pour la police de l'époque.
- (Rire.) Au départ. Mais l'étau s'est resserré à partir du quatrième meurtre canonique. Enfin, dès le troisième et le quatrième, comme ils se sont déroulés durant la même nuit [Elizabeth Stride et Catherine Eddowes, le soir du 29 au 30 septembre 1888.]. Fort heureusement, depuis le meurtre d'Annie Chapman [Sa seconde victime canonique, le 08 septembre 1888 aux alentours de 05 heures 30.], nous avons eu le temps de nous organiser.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par "nous" ?
- Nous nous considérons comme les gardiens de son ½uvre. Voire comme ses apôtres, pour certains. Nous formons une société secrète qui s'est créée dès le meurtre de Chapman. Notre organisation y contenait déjà quelques membres issus de la police ainsi que de la municipalité. Quand les membres de l'époque ont pu enfin prendre contact avec Jack - deux des nôtres l'avaient vu à l'½uvre au moment du quatrième meurtre canonique, on dit qu'au début l'un d'entre eux avait failli se faire égorger au scalpel quand Jack s'est senti épié -, il était facile de couvrir ses arrières, et de tout faire pour qu'à aucun moment il ne soit interpellé.
- Pourquoi le protéger ?
- Pourquoi ? Quelle drôle de question : Whitechapel n'était qu'une pouillerie, et Jack a été le premier à la nettoyer comme il se doit, en commençant par ces putains - excusez-moi du terme - qui déshonoraient Londres, et par conséquent le Royaume lui-même.
- Vous vous payez ma tête...
- Nullement, et il n'est plus nécessaire de nier l'évidence, puisque nous savons tout ce que vous avez fait. [De nouveau un long silence de la part de Nicolas.] Vous savez très bien de quoi je parle. 
- Non.
- Votre inconscient a l'air d'être des plus solides.
- Je n'ai rien à me reprocher.
- C'est vrai : Katryn Nichols, Sydney Tabram et Amanda Campbell n'étaient que des sales prostituées, Marion Gassian ne valait guère mieux, quant à Angelina Bishop, une véritable honte pour l'Angleterre. Mettre ça en avant à la télévision, on devrait vous remettre une médaille... [Troisième long silence de Nicolas.] Vous êtes en train de vous souvenir, n'est-ce pas ?
- Je... Je n'ai pas...
- Et pourtant si. Libérez votre esprit Nicolas, et votre conscience. Vous pouvez être fier : vous reprenez le flambeau de votre ancêtre, et ce d'une manière que nous ne pouvions espérer.
- C'est pas possible... Je...
- Attendez un instant (au bruit, il semble sortir quelque chose d'une des poches de son manteau, cela dure plusieurs secondes avant qu'il ne la lui tende, c'est certainement une tablette). Faites défiler les photos, et vous verrez que je dis vrai.
- (Il s'exécute.) Non...
- Vous vous souvenez de ces visages, ça se voit. Ça s'entend.
- Je n'ai pas...
- Nicolas, nous sommes de votre côté. La preuve : depuis la semaine dernière vous n'avez nullement été inquiété par la police. Ce n'est pas pour rien.
- Je n'ai pas fait ça... Non...
- Alors comment expliquez-vous cette réaction ? Et comment expliquez-vous ce qui semble faire travailler votre mémoire ?
- Vous avez mis quelque chose dans mon verre...
- (Quelques secondes plus tard.) Vous voyez, j'ai bu dans le vôtre et il ne m'arrive rien.
- Je ne peux pas avoir fait ça !... Et je ne peux pas être de sa famille !
(Manuel s'approche.)
- Tout va bien, monsieur ?
- Oui oui, retournez avec François. Et prenez-vous un verre, nous en avons encore pour un moment.
- Très bien. 
(Il repart.)
- Voulez-vous que je vous parle de votre famille ?
- ... Je ne peux pas être son...
- Si, Nicolas. Vous voyez ce qu'il a fait à Helene Carter, n'est-ce pas ?
- Oui...
- Il s'agissait d'une fille. Il l'a prénommée Colleen. 
- Avant, pourquoi lui a-t-il fait ça ? 
- Elle était l'enfant illégitime d'une prostituée, Rita Fantine, et d'un noble, le comte Hanscom. Celui-ci venait tout juste de se fiancer avec une allemande très fortunée, Eva Gefahündin, et il entretenait Rita en échange de son silence, car Eva était connue pour ses crises de folie, sa fascination pour les poisons, les drogues et sa méchanceté qui n'avait aucune limite. Il était donc préférable qu'elle ignore l'existence de sa fille, d'autant plus qu'elle n'avait pas encore eu son fils lors de sa naissance. Helene, même si son vrai prénom était Ophelia, est née durant l'hiver 1856-1857. Jack, qui se prénommait vraiment ainsi, est né le 20 avril 1872, après que ses parents aient fait de multiples tentatives pour avoir un enfant. 
- Et Eva a appris l'existence d'Helene. Enfin, Ophelia...
- Tout à fait. Elle se doutait de quelque chose : Hanscom passait beaucoup de temps en semaine à Whitechapel et semblait ne pas s'intéresser à son fils, qui lui-même n'avait rien à envier à la personnalité de sa mère. En 1882, elle le fait suivre par un détective, Arthur Watson. Il lui a fallu seulement quelques jours pour tout découvrir. Le soir du 31 octobre 1882, Hanscom est déclaré disparu par son épouse. Celle-ci raconte ensuite à son fils qu'il est parti avec une prostituée - peut-être était-ce vraiment le cas - avec qui il a eu une fille, et que celle-ci était toujours à Londres, faisant une timide carrière de danseuse. Vous devinez le reste.
- Mais qu'est-il advenu de la prostituée ?
- On a retrouvé son cadavre au lendemain de l'internement.
- Ce n'est tout de même pas lui...
- Ça, je l'ignore moi-même. Je penche plutôt pour la mère.   
- Mais comment a-t-il retrouvé leurs traces en 1885 ?
- Sa mère et lui soudoyaient de temps en temps un employé de l'établissement qui leur racontait ce qu'il s'y passait. Quand ils ont appris le départ d'Hopkins et l'évasion, il n'en fallait pas plus pour qu'ils les traquent par tous les moyens. 
- Qu'est devenue Eva ?
- Elle est décédée au début de l'année 1888. Elle n'avait que la quarantaine.
- De quelle maladie ?
- La syphilis. Et vous savez comment elle l'a contractée ?
- Dîtes...
- Elle était bisexuelle, et fréquentait de temps en temps des prostituées.
- C'est pas vrai...
- Si. Je peux même vous le montrer noir sur blanc.
- Ça m'intéresse beaucoup. Mais encore une chose : revenons à ma famille... 
- Ah oui. Jack s'est occupé de Colleen en faisant croire à sa mère qu'il venait de trouver ce bébé abandonné dans la rue - elle ignorait qu'Helene était enceinte, elle aurait été capable de s'en prendre à l'enfant si elle avait su qui était sa mère -.
- Hopkins était vraiment le père de la petite ?
- Pour ce que j'en sais, oui.
- Il est vraiment mort de pendaison ?
- Oui. 
- Mais la police de l'époque, comment n'a-t-elle pu relever le témoignage du seul témoin et du fait qu'il ait retiré l'enfant du ventre de...
- L'argent arrange tout. 
- Je vois. Pourquoi avoir attendu début 1888 pour brûler les archives de la mairie de Colchester et de l'asile ?
- Comme vous le constatez, il a très mal supporté la mort de sa mère, et il savait très bien qu'il fallait effacer les pistes avant de passer à l'acte.
- Qu'est devenue Colleen ?
- Il l'a éduquée, l'a façonnée à son image. Quand elle est devenue adulte, il en est tombé amoureux, quant à elle, elle a toujours été sous son charme. Entre deux, la Société, accueillant un peu plus de membres à cette époque, dont beaucoup de notables, a tout fait pour qu'ils vivent comme ils l'entendent et ne soient jamais dérangés par qui ou quoi que ce soit. Ils se sont mariés en 1903 et ont eu des jumeaux l'année suivante : Ronald et Reginald. Vous êtes l'arrière-petit-fils de Ronald.  
- Et mes parents... ?
- C'est votre mère, Marilyn, une personne tout à fait adorable, qui est issue de cette illustre famille. Elle est née en septembre 1961, et de personnalité elle n'avait strictement rien à voir avec le reste de sa famille. Votre père, Bruce Pennyworth, était comme vous, un journaliste. Il écrivait aussi sur Jack et a réussi à s'infiltrer au sein de la Société en utilisant je ne sais plus quelle couverture. Il est le seul à avoir pu effectuer ce tour de force. Votre mère et lui sont immédiatement tombés amoureux. Il découvrit l'histoire sur Helene Carter et s'est mis à fouiller. Il est remonté jusqu'à Colchester sauf qu'il est tombé sur le Père Camille. 
- Je comprends mieux maintenant... Le Père Camille n'était pas au courant de ma visite, n'est-ce pas ?
- Non. Une nouvelle fois, nous voulions être sûrs de votre véritable identité. Pour en revenir à votre père, quand il l'a croisé quelques mois plus tard, lors d'une réunion, il l'a reconnu et nous en a fait part. Votre mère était enceinte de plusieurs mois. Ils se sont enfuis. Ils ont dû passer par le nord de la France et...
- Dîtes plutôt que vous les avez tués.
- Si ça avait été le cas, nous vous aurions ramené en Angleterre, parmi nous. Nicolas, depuis ce moment la Société a perdu des membres, mais nous sommes toujours assez forts et avons toujours assez d'appuis pour vous faire mener la vie que vous désirez. Vous êtes le dernier de cette lignée, et le seul à avoir vraiment repris le relais de Jack.
- ... J'ai encore un peu de mal à vous croire... 
- Alors suivez-nous, je vais vous prouver que tout ce que je dis est la vérité. » 



Note


Nicolas coupa son mouchard juste après cette conversation. Nous ne savons pas où ils ont pu se rendre, ni même, à l'heure actuelle, ce qu'est véritablement la Société. 
Après la découverte de cet entretien, nous avons effectué un grand nombre de recherches et voici ce que nous avons trouvé : 
Le comte Hanscom a vraiment été porté disparu le 31 octobre 1882 et son corps n'a jamais été retrouvé par les autorités. Rita Fantine a bien été retrouvée morte à son domicile le lendemain, et le rapport de police montre avec quelle rage et quel sadisme elle fut assassinée : en plus d'avoir été frappée à mort et étripée, on lui a arraché le c½ur afin de le lui enfoncer dans la bouche puis on l'a déshabillée afin de verser de l'acide sur les parties intimes.
La vie du comte Jack Hanscom est incroyablement tenue secrète. Après plusieurs mois, nous n'avons collecté rien de plus que sa date de naissance (il avait alors 13 ans au moment du meurtre d'Helene/Ophelia Hopkins, et 16 ans au moment de ceux qu'on lui connaît), celle de son mariage avec Colleen (le 15 février 1903, ce qui, connaissant leur histoire, peut faire froid dans le dos), celle de son décès ainsi que de sa cause (il avait la maladie de Huntington, il s'est éteint le 24 août 1931), mais aussi un tableau fait durant son adolescence où l'on aperçoit qu'il était déjà grand et ô combien robuste pour son âge, ainsi qu'une photographie prise lors de son mariage sur laquelle on distingue qu'il faisait bien plus jeune que son âge et que sa carrure n'avait pas changé d'un pouce. On se rend également compte que Colleen était le portrait craché de sa mère.
Toujours à son sujet, nous avons également découvert qu'il passait le plus clair de son temps dans le principal manoir familial (c'est à cet endroit que son corps repose, ainsi que ceux des membres de sa famille) et qu'il s'intéressait à la médecine, plus précisément à la chirurgie, depuis son enfance. 
Concernant ce manoir, nous n'avons jamais pu trouver qui pouvait en être l'actuel propriétaire. À vrai dire, nous n'avons plus trouvé cette information à partir de septembre 1940, et ses alentours, très bien gardés, sont purement et simplement inaccessibles.
Les informations sur son épouse et leurs descendants sont eux aussi très rares. Durant l'hiver 1931-1932, 7 enfants, issus de familles vivants aux alentours du manoir, sont portés disparus. La légende veut qu'ils aient été emmenés par une élégante dame, toute vêtue de noir. Colleen est entendue par la police et l'affaire est soudainement mise de côté le lendemain. L'inspecteur qui en avait la charge, Vincent McCann, sera retrouvé crucifié, les tripes à l'air et la langue arrachée dans la cathédrale Sainte-Sophie de Londres le même jour.
Le 1er février 1933, poussé par sa mère, Reginald, qui connut une scolarité mouvementée - il fut renvoyé de 5 écoles prestigieuses pour « des actes de violence », « de sadisme envers un professeur » qui l'avait sanctionné pour avoir affirmé haut et fort que Jack l'Éventreur était « le plus grand héros du Royaume-Uni », plus tard pour une tentative de viol envers la fille d'un autre professeur (elle n'avait que 10 ans...) mais aussi jugé « schizophrénique et paranoïaque » par le directeur du second établissement qu'il a fréquenté -, part pour Berlin afin d'apporter sa contribution au Troisième Reich qui venait de débuter. 
Il montera les échelons de ce gouvernement mais sera expédié au camp d'extermination Auschwitz II / Birkenau de Pologne en 1943. Nous ignorons pour quelle raison.
De son côté, Ronald, son frère jumeau, semble avoir été plus posé que lui et n'avait pas les traits de personnalité de ses parents : il connaît une scolarité visiblement sans faute et devient rapidement militaire. Grande ironie de la vie et de l'Histoire : il mourra à Londres durant le Blitz (une série de bombardements de la Luftwaffe sur le Royaume-Uni) en défendant son pays le 07 septembre 1940. Il était marié et père d'un enfant (donc le grand-père ou la grand-mère de Nicolas Odeline), mais nous n'avons trouvé aucune trace de leurs noms, ni de leur existence.
Colleen, très certainement dévastée par le chagrin, en mourra le lendemain. 
Au sujet de Marilyn Hanscom et du journaliste Bruce Pennyworth, les parents de Nicolas, et ce après une recherche là aussi très longue et très active, nous n'avons retrouvé que la trace de 2 corps découverts en Belgique le soir du 30 novembre pour Marilyn et le matin du 03 décembre 1979 pour son compagnon (leur fils avait été confié à la DDASS le 23 novembre, il n'avait que quelques jours). Chacun était dépouillé de ses papiers d'identité mais leur signalement (pour la jeune femme, il a été déduit qu'elle avait accouché quelques jours auparavant et qu'elle n'avait pas plus de 18 ans) ainsi que les quelques photos (concernant Pennyworth) issus des différents rapports de police laissent à penser qu'il ne peut s'agir que d'eux. 
On peut facilement supposer qu'au moment où la Société a percé à jour la véritable identité de Bruce Pennyworth nous étions à la première moitié du mois de novembre 1979. Il aurait donc convaincu Marilyn, enceinte d'environ 8 mois, de fuir avec lui (si elle était aussi différente des autres membres de sa famille, comme l'a déclaré le Dr. Bergman). Ils gagnent alors le nord de la France où elle accoucha. Ils confient rapidement le bébé aux services sociaux français (le 23 novembre, donc), certainement par peur que la Société ne le retrouve et ne s'en prenne à lui - ou alors l'élève pour en faire un monstre -, puis partent rapidement pour la Belgique avant d'y être pris. 
Le corps de Marilyn Hanscom fut retrouvé aux premières heures du matin au pied du Sanctuaire de l'Enfant-Jésus à Bruxelles, les mains et les pieds cloués par des pieux sur une croix inversée. D'après le rapport du médecin légiste, elle aurait été « victime des tortures d'une messe noire » : les veines de ses poignets ont été tranchées de manière bien précise, les yeux crevés et tout laisse à supposer qu'elle est morte en se vidant de son sang. 
Durant l'autopsie, le médecin légiste a découvert toute l'horreur du supplice qu'elle a enduré en constatant que son ventre a été recousu après qu'on y ait déposé à l'intérieur le cadavre en décomposition d'un nouveau-né... 
Le cadavre de Bruce Pennyworth a été découvert au petit matin sur les quais du port d'Ostende. Il a été démembré à la tronçonneuse. Sa bouche était cousue, ses blessures au visage et au corps montrent qu'il a été passé à tabac et d'après le vagabond qui a trouvé le corps, il respirait encore, les yeux larmoyants, remplis de détresse, mais s'est éteint moins d'une minute avant l'arrivée des secours. 
La police a rapidement retrouvé ses 4 membres dans différentes poubelles aux alentours.
Revenons en janvier 2016. Dès le lendemain de cet entretien, le Dr. Bergman est officiellement porté disparu, ainsi que le Père Camille. Nicolas ne s'est aucunement servi de son téléphone, de son ordinateur ou de son dictaphone pendant cette journée. Le dernier élément que nous tenons directement de lui est ceci, enregistré en début de soirée : 



Document 10 / Dictaphone de Nicolas Odeline - 
14 janvier 2016
 


« Je m'appelle Jack, cela a toujours été mon prénom. Vous n'entendrez plus ma voix. Maintenant, vous subirez mes actes. »



Conclusion du collectif
Les Descendants De Warren


Au matin du vendredi 15 janvier, la police fait une perquisition dans la chambre d'hôtel de Nicolas Odeline et saisit toutes ses affaires. Mais aucune enquête n'est ouverte, et les policiers n'ont fait qu'examiner le tout avant de les mettre de côté.
Aucun employé de l'hôtel ne l'a vu s'en aller durant la nuit, mais grâce aux caméras de surveillance (quasiment les seules vidéos sur lesquelles nous avons pu mettre la main), on peut affirmer qu'il est parti à peine une heure avant l'arrivée de la police et ce en compagnie du Dr. Bergman, qui a passé la nuit avec lui dans sa chambre (d'ici à ce qu'on suppose que la Société ait été au courant de cette perquisition, il n'y a qu'un pas). 
Le soir même, Angelina Perrin, la fille de son éditeur, très certainement venue le retrouver pour le week-end, est assassinée dans une chambre du LANDMARK LONDON (qu'elle a elle-même réservé en début de semaine) pendant ce qui devait être un rendez-vous galant (d'après les constatations des enquêteurs). Elle a été traînée par les cheveux jusqu'au lit, tous ses vêtements ont été déchirés, elle a été ensuite frappée des dizaines de fois au visage, à lui en défoncer la mâchoire et lui faisant perdre connaissance. Une fois attachée au lit avec des menottes, elle a eu le thorax ouvert puis a été violée pendant que son c½ur battait encore. Ce dernier a été dévoré juste après. 
Sur les murs de la salle de bain, on pouvait lire ces mots écrits en français avec le sang de la victime : « Sale pute », « Menteuse ! » mais aussi « J ».
Angelina Perrin est officiellement portée disparue. Elle aussi. 
Elle devait se marier une semaine plus tard avec le fils aîné d'un ancien secrétaire d'État français. 
Les dernières traces que nous avons de Nicolas, du Dr. Bergman et du Père Camille ont été relevées grâce aux caméras de l'aéroport Londres-Heathrow, le lendemain matin. Ils prenaient un vol pour Paris, sous de fausses identités (le Père Camille était même habillé en civile) qui n'ont été utilisées que cette fois-là. Ils étaient accompagnés par 2 hommes qui eux aussi ont pris le vol sous de faux noms, mais on peut penser qu'il s'agissait des prénommés François et Manuel. 
À l'heure où nous bouclons cet ouvrage, que nous avons fait dans un but purement citoyen - il est normal que le public connaisse cette histoire et voit ce que la police ainsi que la majorité des médias sont capables de nous cacher -, la Société nous est véritablement très obscure. Quant à Nicolas Odeline, le Dr. Bergman, le Père Camille, François et Manuel, ils demeurent toujours introuvables.





(Janvier - Février 2017)

Tags : ♦♢♦FICTION♦♢♦

♥ PLAYLIST ♥ 01/05/2014

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La bonne musique ne se trompe pas,
et va droit au fond de l'âme chercher le chagrin qui nous dévore.

(Stendhal)


Liste visible en cliquant sur musique.


La musique est la vapeur de l'art.
Elle est à la poésie ce que la rêverie est à la pensée,
ce que le fluide est au liquide,
ce que l'océan des nuées est à l'océan des ondes...

(Victor Hugo)

Tags : ★.Citations.★ - ♫.Musique.♫

28/07/2012


 


Tags : ★.Citations.★

26/03/2009

18/08/2009



Qu
e l'on prenne des images, citations ou musique sur mon blog,
cela ne me range pas du tout au contraire ...
Par contre mes textes sont très personnels,
me les prendre sans autorisation en se faisant passer pour l'auteur,
est un manque de respect.
Il est toujours désagréable de voir ses textes plagiés sans aucun scrupules,
alors qu'il serait plus honnête de demander gentiment la permission de les emprunter
et de ne pas oublier de mettre un lien avec le nom de l'auteur du texte ou de la poésie concers ...

Merci de votre compréhension.











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